Greta n’est pas seule

Le Forum de Davos a invité neuf jeunes militants aux côtés de Greta Thunberg, dont la canadienne Autumn Peltier (17 ans), la sud-africaine Ayakha Melithafa (17 ans), l’américaine Naomi Wadler (13 ans) et l’indonésienne Melati Wijsen (19 ans).

Le monde entier connaît désormais Greta Thunberg. Peut-être connaîtra-t-il bientôt Autumn Peltier, Ayakha Melithafa, Naomi Wadler ou encore Melati Wijsen.

L’inoxydable fondateur du forum de Davos, Klaus Swab, 81 ans, a toujours su anticiper les tendances, qu’elles soient technologiques ou sociales. C’est une de ses forces. L’an dernier, il avait invité au centre des Congrès la jeune militante suédoise Greta Thunberg, venue manifester dans la station suisse pour la défense du climat. Il avait pris le temps de discuter une demi-heure en tête à tête avec elle pour mesurer sa sincérité. Pour ce cinquantième Forum économique mondial, qui a démarré lundi 20 janvier et dont l’un des thèmes prioritaires est l’urgence climatique, le Pr. Schwab a réinvité Greta. Il a compris qu’il valait mieux l’avoir à l’intérieur que dehors. Mais le chef d’orchestre de Davos ne voulait pas se laisser piéger par l’engouement que Greta suscite ni en faire une vedette unique.

C’est pourquoi ses équipes ont invité 9 autres militants adolescents venus du monde entier, choisis pour leur combativité et les résultats tangibles déjà à leur actif malgré leur jeune âge. Quatre jeunes filles, parmi ces neuf «change-makers» (bâtisseurs du changement) ont rencontré des journalistes lundi soir. La plus âgée d’entre elles, la balinaise Melati Wijsen, 19 ans, a déjà le charisme et l’aisance d’une star. Dégoûtée de l’invasion de déchets plastiques sur la plage où elle se baignait enfant, elle a commencé par faire signer des pétitions puis organiser des collectes de déchets. Sa persévérance a contribué à faire passer une loi, à Bali, sur l’interdiction des sacs plastiques à usage unique.

À ses côtés, Naomi Wadler, militante noire de Washington DC n’a que 13 ans. Elle a déjà organisé une marche contre les tueries de masse dans les écoles. Mais son combat est la lutte contre les inégalités raciales. «On a l’impression qu’il n’y a qu’une élite blanche, moi je veux donner un visage à tous ces militants anonymes», sous-entendu, non blancs. À 13 ans, Naomi est-elle intimidée à l’idée de rencontrer les grands de ce monde? «Non, le chef d’une grande entreprise ou d’un pays est d’abord une personne».

Autumn Peltier, 15 ans, venue de l’Ontario, appartient au peuple indien Wikwemikong. Dans ce Canada aux ressources si abondantes, elle est depuis l’âge de 8 ans une «guerrière de l’eau», outrée de ne pas avoir accès à l’eau potable. L’adolescente représente quarante nations indiennes de l’Ontario dans un très officiel conseil de l’eau.

Enfin, parmi ces quatre jeunes filles à qui le Forum de Davos offre une caisse de résonance mondiale, figure Ayakha Melithafa. La Sud-Africaine de la région du Cap a vu comment sa mère, élevant seule cinq enfants, peine à nourrir son troupeau à cause de la sécheresse. «La science du climat, nous la vivons tous les jours, comment peut-on ne pas croire au réchauffement climatique?», s’insurge l’adolescente, interrogée sur le scepticisme de dirigeants comme Donald Trump, qui intervient ce mardi à Davos.

«Nous voulons voir jusqu’où les dirigeants du monde sont prêts à aller, clame Melati. Nous comprenons la complexité d’atteindre des objectifs climatiques d’ici 2050 mais que font-ils tout de suite?». Tout au long de la semaine, les jeunes militants auront l’occasion d’interpeller directement les puissants de la planète lors de débats.

La jeune invitée indonésienne de Klaus Schwab s’adresse aux «adultes dans la salle», avec une sincérité criante, mais avec un discours qui semble déjà rodé: «Les enfants représentent 25% de la population mondiale, mais nous sommes 100% de l’avenir».

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